La malhonnêteté autour du débat concernant le niveau de la CAN

La 34e édition de la Coupe d’Afrique s’est achevée dimanche avec le sacre de la Côte d’Ivoire, pays organisateur. Une édition qui a été une réussite dans l’ensemble pour plusieurs observateurs. Mais pas tous apparemment, certains pointant du doigt le niveau de la compétition. En particulier, Jérôme Rothen, ancien joueur français et consultant sportif, qui s’est montré particulièrement critique, parlant entre autres du niveau faible et du manque de spectacle. Mais derrière la polémique que cela a créé, des réalités bien plus profondes que Koudenvoi va mettre en lumière dans cette analyse.

La polémique a été relancée lorsque Emerse Faé, le sélectionneur des Éléphants, a décidé de répondre aux propos de Rothen après la finale. Il ne s’agit pas forcément de dire dans cette analyse qu’un tel a totalement raison. Mais il faut quand même souligner le fait que Jérôme Rothen décide de mettre de côté, volontairement ou non, plusieurs facteurs au moment de donner son avis.

Qu’entend t-on par spectacle ?

On va s’intéresser dans cette analyse, à la critique sur le jeu. Il est important de commencer en se posant cette question. Car le terme “spectacle” est utilisé en football à tort et à travers ou selon sa vision personnelle du foot. Pour les uns, il y a du spectacle lorsque le niveau technique et tactique des équipes est élevé et qu’il y a de l’intensité. C’est d’ailleurs la vision que soutien Jérôme Rothen. Pour d’autres, le spectacle se résume à un match avec des buts, des scénarios improbables, des rebondissements… Ce qu’on a eu à foison durant cette CAN, c’est incontestable. La réalité est que c’est un peu de ces deux cas de figure qui font qu’un match passe au rang de spectacle.

Un match avec deux équipes techniquement et tactiquement rodées peut ne pas donner un gros spectacle car ils auront tendance à se neutraliser. Ce qui peut se solder sur un 0-0 par exemple. La finale de la dernière Ligue des Champions entre Manchester City et l’inter Milan était très intéressant d’un point de vue tactique. Mais c’est compliqué de dire qu’on a assisté à un grand spectacle. A contrario, si la demi-finale aller Real-City en 2021-2022 s’est soldée par un 4-3, c’est à cause des errements défensifs des deux côtés. Les erreurs de placement de la défense madrilène sont à la limite indignes d’un club de ce niveau. Mais vu qu’il y a beaucoup de buts et du suspense, personne n’a remis en question le fait qu’il y ait du spectacle.

Une réalité pas propre à la CAN

Pour autant, on ne va pas se voiler la face. Le niveau technique des équipes durant la CAN reste moyen. N’en déplaise à nous, africains. Moyen, mais pas bas, comme veulent le faire croire certains. Si on suit la CAN avec la même vision et l’exigence que celle avec les championnats européens, il y a de fortes chances d’être déçu. Ce n’est pas le même football. Lorsqu’on voit une équipe comme l’Afrique du Sud composée de joueurs locaux, on se rend compte que les réalités sont différentes. Cette CAN a surtout montré qu’un joueur qui joue Europe n’est pas automatiquement meilleur techniquement qu’un joueur du continent. Le problème de niveau technique n’est pas propre qu’à la CAN, mais à toutes les compétitions internationales comme l’Euro ou même la Coupe du monde. Et la raison est simple, les clubs s’entraînent au quotidien, jouent chaque week-end au moins. Il y a donc plus d’automatismes et ils sont tactiquement mieux préparés. Ce qu’il n’y a pas au niveau des sélections pour offrir le meilleur en termes de jeu.

La deuxième raison est que depuis l’arrêt Bosman, les clubs sont capables de former des équipes beaucoup plus fortes que celles qu’on peut voir dans les sélections nationales quelque soit la qualité de la formation dans les pays. Les dernières Coupes du monde et Euro sur le plan purement technique ne sont pas folles non plus. Mais à la limite, ce n’est pas ce qu’on demande. Chacun veut juste voir son pays aller le plus loin possible, battre des pays voisins. Le succès de ces compétitions, comme pour la CAN, c’est le scénario. Beaucoup considèrent la dernière coupe du monde et la finale comme la meilleure de l’histoire pour cette raison. Mais avec du recul, le niveau des matchs d’un point de vue technique était moyen aussi. Sur les demi-finalistes, l’Argentine qu’on peut considérer comme la plus joueuse, n’a rien proposé de bien transcendant.

La vérité cachée derrière ces polémiques

Le problème avec Jérôme Rothen et beaucoup de consultants sur les dernières années est simple. Il y a de plus en plus de compétitions diffusées et donc plus de matchs à analyser. Et pour la plupart, n’ayant pas d’affect avec les équipes, les consultants sont des spectateurs neutres. À défaut de supporter une équipe, ils espèrent voir de grosses affiches ou de très grand spectacle à chaque fois pour prendre du plaisir. Ce que Rothen lui-même avoue quelque part quand il regrette le fait que des favoris aient été éliminés très tôt. Par exemple le Maroc, équipe qu’il connaît plus vu que plusieurs joueurs évoluent en Europe.

Ce qui n’est pas possible, ce qui les frustre. D’où les procès sur le jeu de certaines équipes auxquelles on assiste, même sur des matchs européens. Sauf que certains consultants comme Jérôme Rothen et compagnie doivent comprendre que les équipes jouent pour gagner, peu importe les moyens, du moment où c’est dans les règles. Ils sont payés pour analyser les matchs et non nous dire si ils ont pris du plaisir ou pas. Le football est avant tout un sport. Un sport de compétition. Il peut au vu du déroulement des matchs s’apparenter à du spectacle, et tant mieux. Mais les équipes jouent pour gagner et non faire plaisir aux spectateurs neutres. La CAN a beaucoup de défauts, mais pas ceux dont on essaie de nous convaincre.

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