Quand le cycle menstruel des athlètes féminines fait cogiter 

Les Jeux Olympiques de Paris 2024 s’annoncent comme une compétition où chaque détail compte, y compris la compréhension des cycles menstruels des athlètes féminines et leur impact sur la performance sportive. Cette question, longtemps considérée comme taboue, fait désormais l’objet d’études et de programmes visant à optimiser les performances des sportives d’élite.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme Empow’her lancé par l’Institut national du sport (INSEP) en 2020, visant à mieux comprendre et tirer parti des cycles menstruels des athlètes féminines. Ce programme a permis à des athlètes comme Caroline Jouisse et la skieuse de fond Juliette Ducordeau de mieux appréhender les fluctuations de leur corps et d’optimiser leur préparation physique en conséquence.

Un progrès significatif 

Un exemple frappant de cette évolution est celui de la nageuse française Caroline Jouisse, qui suit minutieusement ses cycles menstruels depuis un an pour fournir des informations essentielles à ses entraîneurs en vue des Jeux Olympiques de Paris 2024. Pendant six mois l’année dernière, ses entraînements ont été analysés quotidiennement. Ses données hormonales, cardiaques et psychologiques ont ensuite été comparées aux différentes étapes de son cycle menstruel. Cette démarche lui permet de planifier ses séances d’entraînement au moment optimal de son cycle, lorsque son taux de testostérone est à son plus haut niveau, favorisant ainsi le développement musculaire et la performance. 

Juliette Ducordeau, une skieuse de fond française, a exprimé les bénéfices qu’elle a tirés du programme Empow’her, soulignant qu’il l’a aidée à mieux appréhender son corps et à repérer des tendances significatives dans ses performances. Elle a souligné que les moments optimaux pour ses séances d’entraînement sont pendant la phase d’ovulation, du premier au quinzième jour de son cycle.

Depuis son lancement en 2020, le programme Empow’her a attiré la participation de 130 sportives françaises. Son objectif est de combler les lacunes importantes dans la recherche scientifique sur le corps féminin.

Il reste encore du travail

Pourtant, la recherche dans ce domaine reste limitée, avec seulement 9% des études en sciences du sport portant sur les femmes au cours des cinq dernières années. L’impact des cycles menstruels sur la performance sportive reste encore largement sous-étudié, malgré des résultats préliminaires suggérant une corrélation entre certaines phases du cycle et la performance athlétique. Selon Juliana Antero, directrice du programme, seuls 9 % des études en sciences du sport publiées au cours des cinq dernières années ont porté sur les femmes, tandis que ce chiffre atteint 71 % pour les hommes. Elle souligne qu’il existe un manque flagrant d’études de haute qualité, ce qui rend difficile d’établir un consensus sur l’impact des cycles menstruels sur les performances sportives.

Bien que les symptômes tels que les maux de tête et la douleur soient relativement similaires, leur intensité et leur durée peuvent varier considérablement d’un athlète à l’autre, explique-t-elle. Une étude menée en 2021 auprès de footballeuses d’élite au Royaume-Uni a révélé que près de 90 % d’entre elles souffraient de fatigue et de perte de performance pendant leurs règles. Les deux tiers des participantes ont déclaré que leur confiance et leur concentration étaient affectées, tandis que 13 % ont manqué des entraînements ou des matchs, selon l’étude réalisée par des chercheurs de l’Université Queen Mary de Londres. En 2019, le suivi des règles a été médiatisé lorsque l’équipe féminine américaine de football a attribué son succès lors de la Coupe du monde à l’intégration de cette considération dans leur programme d’entraînement.

Cette prise de conscience progressive de l’importance des cycles menstruels dans le sport de haut niveau représente un pas en avant vers une meilleure compréhension et une meilleure prise en charge des athlètes féminines. Alors que les Jeux Olympiques de Paris approchent, il est essentiel de poursuivre les recherches et de sensibiliser les athlètes et les entraîneurs à cette question afin d’optimiser les performances et le bien-être des sportives.

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