Carlo Ancelotti sélectionneur du Brésil : entre enthousiasme et incertitudes

Après plusieurs semaines de recherches, le Brésil semble toucher au but en ce qui concerne son futur sélectionneur. Sans grande surprise, c’est Carlo Ancelotti, actuel entraîneur du Réal Madrid qui a été désigné. Un accord qui laisse le Réal Madrid dans l’incertitude. Mais, aussi, qu’apporte cet arrangement au technicien italien ? Quelles sont les zones d’ombres de cet accord ? 

L’un des meilleurs entraîneurs de club de tous les temps va entraîner la nation la plus titrée de tous les temps. Le nom de Carlo Ancelotti a été associé à la Seleçao depuis le départ de Tite. Selon les informations, Fernando Diniz, l’entraîneur de Fluminense, est nommé à titre intérimaire avant que l’Italien ne prenne les rênes avant la Copa America en 2024. Mais, la plus grosse interrogation est de savoir si Carlo Ancelotti est le bienvenu au Brésil.

Un étranger à la tête de la Seleçao

Ancelotti au Brésil, c’est un choix assumé par la Confédération Brésilienne de Football avec le soutien des joueurs dont Neymar, Vinicius Junior et Eder Militão. Un choix qui en ravit plus d’un mais qui laisse perplexe d’autres, à l’image du Président Lula. Le chef de l’État brésilien n’entend pas cela d’une bonne oreille. Confier la direction des Auriverdes à un coach étranger n’est pas une idée géniale. Encore que Ancelotti n’a jamais pris en charge une équipe nationale, ça ne passe pas pour lui. « J’apprécie Ancelotti, mais il n’a jamais été le sélectionneur de l’Italie. Pourquoi il ne résout pas le problème de l’Italie, qui n’a pas participé au dernier Mondial ? C’est très facile de diriger une équipe en Europe avec onze joueurs de sélection. Ce qui est difficile, c’est de venir ici et de diriger les Corinthians (englués dans la zone rouge en D1 brésilienne). J’aimerais voir si Ancelotti se débrouillerait bien avec les Corinthians », a-t-il déclaré au cours d’une interview à la chaîne de télévision locale SBT. Faut-il le rappeler, aucun autre coach étranger n’a réussi sur le fauteuil du Brésil, à part les Brésiliens eux-mêmes depuis des lustres. 

Depuis le début du 21e siècle, la CBF n’a jamais ressenti le besoin d’aller chercher un nouveau manager en dehors de ses frontières. Si elle a franchi cette ligne, c’est parce qu’il y a une pénurie d’entraîneurs brésiliens, tant dans les clubs les plus prospères du pays que dans les cinq grands championnats en Europe. L’ex-entraîneur du Milan AC deviendra alors le premier entraîneur étranger du Brésil depuis l’Argentin Filpo Nunez, qui avait dirigé un match amical contre l’Uruguay en 1965. Les seuls autres ont été l’Uruguayen Ramon Platero, qui a occupé le poste pendant moins d’un mois en 1925, et le Portugais Joreca, dont le mandat en 1944 n’a duré que quatre jours. Sa réputation fait qu’il sera meilleur que les autres puisqu’il n’est pas sorti de l’ordinaire. Il ne fait aucun doute que la Seleçao disposera de l’un des meilleurs tacticiens du monde. Un homme qui a su tirer le meilleur des vestiaires les plus difficiles du football tout en faisant face à la pression la plus forte. Cependant, des interrogations pleuvent quant à sa réussite avec les Auriverdes.

Tout dépend de cette saison 

La saison 2023-2024 sera la dernière de Carlo Ancelotti au Real Madrid. Et, cela pourrait nuire aux chances de l’équipe de réaliser une bonne saison. L’expérience a prouvé que le fait de savoir qu’un entraîneur ne restera pas longtemps entraîne souvent une baisse de la motivation et de performance. Nous en avons pour preuve la saison 2001-2002 où Sir Alex Ferguson a annoncé sa retraite au début de cette saison. Au final, Manchester United fait une saison blanche. De même, en 2016, Manchester City avait annoncé le départ de Manuel Pellegrini. Cette année-là, le club n’est pas parvenu à se présenter dans le Big four à la différence de buts. Même son de cloche avec Barcelone en 2016-2017 après que Luis Enrique a annoncé son départ : il rate le titre de la Liga et la Ligue des Champions. Dans le cas du Real Madrid, il existe bien un exemple en 2012-2013 avec José Mourinho. 

Autant d’exemples qui éveillent les consciences au moment où le Real Madrid est en pleine reconstruction. Pendant la saison écoulée, Madrid a terminé 2e en championnat à 10 points de Barcelone et est éliminé par Manchester City en demi-finale de la Ligue des Champions. Sa seule étincelle est la Coupe du Roi et les attentes placées en Carlo Ancelotti sont grandes. Il a du travail cette saison surtout qu’il ne compte que trois attaquants pour toute la saison après le départ de Karim Benzema et l’arrivée de Joselu. Deux joueurs qui ne sont pas du même calibre. Un échec entraînera des questions sur la concentration et la motivation d’Ancelotti pour prendre les commandes au Brésil à quelques semaines de la Copa America.

La Copa America, un mauvais timing

Le principal objectif du Brésil, c’est la Coupe du Monde 2026. Et, si c’est Ancelotti qui les conduira à ce mondial, il doit pouvoir faire ses preuves avec la Copa America. Une compétition dans laquelle il va se jeter sans aucune préparation après avoir réalisé une saison de toute épreuve avec le Réal Madrid. Il commencera à travailler en juin à quelques semaines de la Copa qui démarre le 20 du même mois. S’il arrivait que le Real Madrid atteigne la finale de la Ligue des Champions le 1er juin, il aura encore moins de temps. Le timing est mauvais pour apprendre à connaître ses nouveaux joueurs en si peu de temps. Surtout que le technicien italien n’a jamais été à la tête d’une sélection, ce ne sera pas une mince affaire. Cela met en péril les chances de victoire du Brésil qui risque de faire un faux pas si Ancelotti trébuche. Même si la Coupe du Monde est une priorité, la Copa America n’en est pas moins. Il ne l’a plus remportée depuis 2019 alors la prochaine édition sera au centre de l’attention puisqu’elle se tiendra aux États-Unis. Cependant, le Brésil est en grand danger. 

Dans l’impasse totale 

Personne ne le voit, mais le Brésil est dans une situation embarrassante. La Copa America ne marquera que le début de l’aventure de Carlo Ancelotti avec le Brésil. Mais, avant son arrivée, Fernando Diniz aura fait un grand boulot. Il combinera ses fonctions de sélectionneur avec celles qu’il détient déjà à la tête de Fluminense. Une tâche bien plus compliquée à gérer avec les difficultés que cela implique concernant la motivation des joueurs. Assurera-t-il son rôle pour cette période transitoire ? Peut-être ou peut-être pas. Mais, c’est un pari risqué pour le technicien brésilien qui dirige l’un des plus grands clubs du pays. Si une qualification à la Coupe du Monde est compromise, ce ne sera pas du ressort de celui qui a remporté quatre Ligues des Champions. En tant normal, Ancelotti et Diniz seront en contact pour veiller au parcours des Auriverdes. La Seleçao démarre sa campagne de qualification en septembre et doit disputer six matchs entre cette date et le mois de novembre. Avec à la clé, un match très attendu à domicile contre l’Argentine, championne du monde. 

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