Un but et une classe d’écart (Analyse tactique PSG Bayern)

Le Paris Saint-Germain a perdu la première manche de sa double confrontation face au Bayern Munich. À domicile, le PSG a été longtemps dominé durant ce huitième de finale aller. Un score final qui ne reflète pas totalement la physionomie du match. On revient sur les principaux aspects tactiques de ce PSG Bayern.

Le PSG peut s’estimer « heureux » malgré la défaite. Le club maintient, avec cette défaite de « seulement » un but d’écart, ses chances d’accéder au tour suivant. Mais lorsqu’on se replonge dans le déroulé du match, l’addition aurait pu être plus salée.

La machine bavaroise 

But de Kingsley Coman dans le match aller en huitième de finale de la Ligue des Champions contre le PSG.
But de Kingsley Coman dans le match aller en huitième de finale de la Ligue des Champions contre le PSG.

La première grosse différence entre les deux équipes est déjà la manière d’aborder le match. Et dès le début, on sent que le Bayern a mieux préparé son match et maîtrise son sujet. L’expression collective du Bayern est plus affirmée, toujours fidèle à ses principes de jeu.

Le bloc parisien est tellement bas que la défense à trois (le Bayern a évolué en 3-4-3) des Bavarois a suffi pour assurer leurs arrières. Les hommes de Julian Nagelsmann jouent en déséquilibre, vu le nombre important de joueurs hauts pour presser l’adversaire dans son camp. Un déséquilibre toujours assumé et conforté hier face à l’incapacité de Galtier de répondre tactiquement. Ainsi, les champions d’Allemagne disposent de cinq joueurs qui pressent, grâce à la position haute des pistons.

Le plan parisien de mettre quatre milieux pour densifier l’entrejeu a été réduit à néant. L’activité de Coman et Cancelo (puis Davies), ajoutée aux décrochages de Musiala et Sané, situés dans le demi-espace, ont également permis au Bayern d’avoir l’avantage numérique au milieu.

Cette densité des joueurs bavarois dans le camp parisien leur a permis non seulement de presser, mais d’être aussi en mesure de déclencher le contre pressing. Ce face à quoi le PSG est longtemps resté impuissant. Musiala et Sané dans le demi-espace, la zone située entre l’axe et les ailes, permettent aux pistons de bien prendre les côtés sur les attaques. Illustration en deuxième mi-temps sur le but avec Davies, presque en position d’ailier. Le demi-espace ou « » half-space en anglais est aussi une zone favorable pour frapper. Ce qui oblige la défense, en difficulté, à être en alerte permanente, car le danger vient de partout.  

Le PSG pas assez rodé  

Kimmich défend sur Neymar au cours du match aller du PSG contre le Bayern en huitième de finale de la Ligue des Champions.
Kimmich défend sur Neymar au cours du match aller du PSG contre le Bayern en huitième de finale de la Ligue des Champions.

La machine du Bayern n’est pas infaillible pour autant. Leur tactique qui les a souvent exposés face à des équipes plus affutées est entre autres à la base des derniers échecs du club en LDC. Le PSG avait quelques pistes à explorer, mais collectivement, c’était perceptible que les joueurs n’avaient pas beaucoup de repères dans le dispositif mis en place par Christophe Galtier.

Pourtant, les Parisiens ont plus ou moins bien répondu au pressing bavarois avec des sorties de balles propres sur certaines séquences. L’entrejeu dégageait de temps en temps une certaine sérénité, bien aidé par l’aisance technique de Verratti et Messi qui décrochait. Le niveau technique général de l’équipe lui permettait de toute façon de ne pas être totalement submergée. Il faut souligner que le PSG n’a pas concédé de grosses occasions en première mi-temps. Cependant, le manque d’idées de cette équipe est criard sur les phases offensives.

Les champions de France n’ont clairement pas de plan, de circuit préférentiel. Conséquence, ils sont incapables d’aligner plus de trois passes après avoir passé le premier rideau défensif bavarois. Même s’il y a plusieurs joueurs hauts côté Bayern, Goretzka et Kimmich sont toujours là pour couvrir en cas d’échec du contre pressing. Cela est dû à deux choses. D’une part, Paris n’avait pas de joueur capable de prendre la profondeur en attaque.

D’autre part, il leur fallait un joueur en point d’appui sur les contre-attaques, capable de garder le ballon sans faire un sprint inutile, le temps que le bloc ne monte. Messi a essayé de jouer ce rôle. Mais, même si la qualité technique y est toujours, le physique y est un peu moins. Le gros problème est le fait que lui et Neymar, des joueurs de ballons qui décrochent, soient alignés en attaque pour une équipe qui veut jouer en contre. Carlos Soler et Zaire-Emery semblaient être là juste pour boucher les espaces. Tout ceci témoigne de l’improvisation sur le plan tactique dans cette équipe depuis le début de la saison.

« Passez le ballon à Mbappé »

Kylian Mbappé tente de marquer le but égalisateur contre le gardien bavarois Yan Sommer au cours du match aller du PSG contre le Bayern en huitième de finale de la Ligue des Champions.
Kylian Mbappé tente de marquer le but égalisateur contre le gardien bavarois Yan Sommer au cours du match aller du PSG contre le Bayern en huitième de finale de la Ligue des Champions.

L’entrée de Kylian Mbappé a fait du bien au PSG, mais elle montre encore à la face du monde que l’équipe est sans âme. La présence de Mbappé sur la pelouse change le cours du jeu, car elle règle plusieurs problèmes du PSG. Pour le coup, ils ont un joueur qui va prendre la profondeur, sans doute le meilleur dans ce domaine. Sous sa menace, les défenseurs bavarois reculent, eux qui pouvaient des fois monter jusqu’au rond central.

Mais l’on y repense, ce n’est pas Mbappé la conséquence directe du regain de forme du Paris Saint-Germain. Le tournant du match intervient à la sortie de Coman sur blessure. Ce qui signifiait que Nuno Mendes pouvait commencer à monter plus fréquemment à gauche. Le Bayern est devenu plus vulnérable sur son côté après la sortie du buteur du match. Ce qui illustre une fois de plus le rôle prépondérant des latéraux, autant offensivement que défensivement.

L’entrée tonitruante de Mbappé a en bonne partie été favorisée par les montées de Mendes et il ne faut pas omettre de le dire. Des montées que Hakimi n’a jamais su faire en première période à droite, où comme par hasard, il y avait Coman. Mais il faut toute une organisation bien huilée pour que les latéraux aient autant de liberté. Le PSG aurait été plus redoutable si Galtier avait maintenu son 3-5-2 du début de saison jusqu’à ce que ses joueurs le maîtrisent. Le milieu aurait eu moins de mal et les pistons brilleraient plus. Mais à présent, « passer le ballon à Mbappé » est désormais le seul plan de jeu apparemment. Certes, tout n’est pas à jeter dans le contenu parisien, et le dernier quart d’heure peut donner des idées pour la suite. Toutefois, la différence de niveau entre les deux équipes est énorme et le score est plutôt flatteur pour Paris.

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