Le jour où l’Asec Mimosas a remporté la Supercoupe d’Afrique…grâce à des gamins

Vendredi dernier se déroulait la Supercoupe d’Afrique, pour lancer officiellement la nouvelle saison au niveau des compétitions africaines. L’USM Alger vainqueur de la Coupe CAF a réussi l’exploit de battre le Al Ahly du Caire, tenant du titre en Ligue des Champions africaine (1-0). L’occasion de revenir sur une des éditions précédentes assez légendaire de la compétition. 

7 février 1999, Stade Félix Houphouët-Boigny. Les supporters de l’Asec sont heureux d’accueillir la Supercoupe d’Afrique qui les oppose au géant tunisien de l’Espérance Tunis. Tenant du titre de la Ligue des Champions CAF, les supporters du club ivoiriens sont confiants. Mais à leur grande surprise, comme pour les actionnaires du club, c’est une équipe complètement différente qui est alignée par Jean-Marc Guillou. Ce sont des joueurs au visage juvénile, frêles, dont les maillots font deux fois leur taille, qui foulent la pelouse du Félicia. Ils vont affronter l’ES Tunis qui compte des internationaux Tunisiens qui ont fait la Coupe du monde un an plus tôt. Personne ou presque ne s’en doute encore, mais cette rencontre va entrer dans les annales du football ivoirien et africain. 

Un choix audacieux

En 1994, le groupe Sifca Sifcom, le français Jean-Marc Guillou et le club de l’Asec Mimosas s’unissent pour créer l’académie Mimosifcom. Les académiciens de la première promotion joueront pour l’Asec Mimosas et certains découvriront même l’Europe par la suite. Des noms qu’on évoquera tout à l’heure. Ces jeunes pépites suivent leur formation sous la coupole de Jean-Marc Guillou et les autres formateurs. A peine 6 ans après leur arrivée, les petits mimos ont une occasion unique de se révéler à la face du monde. Alors qu’ils ont tous entre 17 et 18 ans à l’époque, la direction du club ivoirien décide d’aligner les meilleurs de la promotion pour la Supercoupe d’Afrique. Jeunes, inexpérimentés, ils vont jouer pour un match à gros enjeu face à la meilleure équipe du continent. 

Le plus normal serait de voir ces gamins envahis par la pression, on assistera à tout le contraire. Alors que leurs formateurs, Roger Ouégnin le président de l’Asec, leur disaient qu’il était encore possible qu’ils se rétractent s’ils ne se sentent pas prêts, ils étaient déjà focus sur l’objectif. Pour eux, c’était une chance de montrer de quoi ils étaient capables. Une séquence qui illustre assez bien leur état d’esprit à ce moment, les déclarations du jeune Baky Koné, faisant partie des académiciens à l’époque, à la télé française Stade 2. ‘’C’est une équipe comme les autres, il n’y a pas de raison d’avoir peur’’. Et lorsque le journaliste le relance sur la possibilité que ça se passe mal, sa réponse va marquer les esprits : ‘’Je ne pense pas que ça se passera mal inh’’.  

Un match maitrisé 

Cette posture des jeunes académiciens pouvait friser l’inconscience. Ils le diront plusieurs années après, ils ne mesuraient pas à l’époque l’importance du match. Et c’était la disposition dans laquelle ils devaient se mettre. Être sous pression aurait été contre productif et les auraient empêché de jouer leur football. Lorsqu’ils foulent la pelouse du Félicia, ils commencent à se rendre compte de ce qui se passe. On pouvait voir que pendant la présentation des équipes, certains académiciens avaient les jambes qui tremblaient. Mais les poulains de Jean-Marc Guilloux ne se démontent pas. Dès le début du match, les mimos donnent le ton. Les académiciens font une série de dix passes sans que l’Expérience de Tunis ne puisse intercepter le ballon. Ceci, au grand bonheur du public acquis à la cause des jaunes et noirs. 

Les tunisiens sont malmenés durant le premier quart d’heure par la bande de gamins et ne sont pas au bout de leur peine. A la 28e minute, Venance Zézé, plus connu sous le nom de ‘’Zézéto’’, récupère le ballon depuis l’aile gauche, élimine trois joueurs puis lâche une grosse frappe à l’entrée de la surface de réparation qui se loge dans les filets adverses. L’Asec Mimosas prend l’avantage, 1-0. En manque de réalisme, les académiciens n’arrivent pas à tuer le match. Conséquence, ils concèdent un pénalty à la 87e minute sur une faute de main d’un certain Didier Zokora. Les visiteurs égalisent, prolongation. Les académiciens plantent deux autres buts. Hermann Ahiba dit ‘’Patcheiko’’, entré durant les prolongations, distille deux passes décisives pour Aruna Dindane et Zézéto. Incroyable mais vrai, les jeunes de l’Asec Mimosas, inconnus au bataillon, encore en formation il y a quelques mois, ont surclassé l’Espérance de Tunis 3-1. 

Comme un symbole 

Une image assez parlante à l’issue de la rencontre, la remise du trophée au capitaine du soir, le jeune Djiré Abdoulaye Junior. Le trophée était tellement lourd à porter pour lui qu’il a dû se faire aider pour pouvoir le soulever. Ce qui montre une fois de plus à quel point ils étaient jeunes, en pleine croissance. Cela ne les a pas empêché de réaliser l’impossible. Parmi les académiciens qui ont joué ce jour-là, des noms ont émergé par la suite. Dans les cages, un certain Boubacar Barry Copa, qui gardera les cages de l’équipe nationale, champion d’Afrique en 2015. En défense, Didier Zokora dit ‘’Maestro’’ qui deviendra un des cadres de la sélection dans les années 2000, ayant aussi fait le bonheur de Genk, l’As Saint-Etienne Tottenham et Séville. En attaque, on retrouve Aruna Dindane, passé par Anderlecht et le grand RC Lens. Une des grandes figures des éléphants en attaque dans cette génération dorée aux côtés de Drogba, les frères Kalou ou encore Kader Keita

Dans cette première génération des académiciens, on retrouve également le fameux Baky Koné qui fit le bonheur du FC Lorient, de l’OGC Nice et de l’Olympique de Marseille. Il se fait remarquer à la Coupe du monde 2006 grâce à un but monstrueux face aux Pays-Bas. Un temps directeur sportif de l’Asec, il est à présent consultant sportif. On a aussi Kolo Touré, titulaire ce jour-là, qui n’est plus à présenter. Siaka Tiéné, ancien latéral gauche du PSG et de Montpellier, était aussi présent dans le onze. Lorsqu’on voit ce qu’ils sont devenus, on se rend compte à quel point cette génération était talentueuse. Des joueurs comme Zézéto, Patcheiko et Djiré Abdoulaye étaient aussi promis à un bel avenir mais auront des carrières moins brillantes. Cette promotion a ouvert la porte aux autres dans lesquelles on retrouve Gervinho, Yaya Touré, Emmanuel Eboué et bien d’autres. 

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